Affreuse, sale et méchante!

Une culture incandescente, une adresse étourdissante, les pensées éhontées d'une jeune femme affreuse sale et méchante qui ne pense qu'à dire du mal de vous.

dimanche 20 septembre 2009

Jehanne la Pucelle #6 Gentil Dauphin, j'ai nom Jehanne la Pucelle

"Je vous mènerai, gentil dauphin, à Rome, pour vous faire oindre et couronner"

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vendredi 12 juin 2009

Les Onze

Le corsage de Suzanne s'emplit et la petite reine frileuse s'en apeura presque autant que sa mère; elles ne pensaient qu'à cette peur l'une et l'autre, mais pour s'en distraire elles s'occupaient à autre chose, aux passe-temps bénins concédés aux femmes de cette époque, tapisserie et poésie; et à ce qu'on dit elles ne sortaient guère, quelle que fût leur relative fortune à toutes les deux, c'est-à-dire celle du huguenot apostat, non pas qu'elles fussent avares ni d'aucune façon thésauriseuses, mais de l'or elles ne savaient que faire, avaient seulement placé tout cela en vignes et en bateaux à la mort du vieux et laissaient gérer, naviguer, fleurir, ayant entre elles un tout autre trésor, de don, d'amour partagé et heureux, mais étouffant comme le sont toujours les trésors, appelant de tout leur éclat la perte. Suzanne ne sortait guère, car elle était de porcelaine, sinon avec sa mère les beaux matins le long des levées, ou dans de pauvres sociétés orléanaises un peu ternes, un peu dévotes, un peu littéraires, avec des abbés sans panache et de doux anacréons de la province, mais avec aussi des amies rieuses comme elles le sont en tout lieu, laissant apparaître vraiment le lys et les roses avec des éclats de rire, partout au monde du moment qu'il y a deux jeunes filles ensemble.

Car je suis sûr qu'en dépit de ce que j'ai dit, la vie étriquée, les ternes sociétés, les abbés cacochymes à tabatière de buis, l'apeurement né de celui de sa mère et s'y conformant comme un jumeau à son jumeau,

, en dépit de cela je suis sûr qu'elle ne s'ennuyait aucunement, qu'elle était bonne et gaie, bonne parce que gaie, qu'elle aimait le petit perron, la petite fortune, la vie petite et pleine, et l'espoir pesant comme un ciel au printemps; car elle était une reine: c'est-à-dire quelqu'un à qui depuis sa naissance l'amour exclusif n'a jamais failli, et quand on a eu cela tout peut arriver, le ciel et l'espoir peuvent s'écrouler, on peut se perdre dans mille forêts, voir mille fois son coeur sorti de sa poitrine et foulé, la joie est toujours là, dessous, au moindre appel elle va bondir, elle reste là et attend, invincible, éclipsée seulement parfois, mais vivante, éternelle comme on disait quand ce mot avait un sens.

Cela, donc, pour ce qui dans le lys et les roses était du ressort de Bernardin de Saint-Pierre et Rousseau; pour le reste, ce qui appartenait à Sade, c'est-à-dire une sorte d'espoir aussi, de joie plus gonflée qu'un ciel, il y avait l'ombre du vieillard dont la mère ne parlait pas, mais sa poigne indubitable sous l'apparence d'un canal navigable, le sillon du désir satisfait entaillé dans la terre d'Orléans à Montargis.

Extrait de seins poussant se conformant aux us de son âge et de la société, de deux seins non pas onze, mais dans Les Onze, récit fictionnel, historique à la langue étonnante de Pierre Michon, (2009).

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mardi 8 avril 2008

Demain sera pour tous un lendemain qui ne peut pas mentir


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Franchement, on est bien peu de choses.
 

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mardi 1 avril 2008

Aqua Allegoria Lilia Bella

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Mon parfum depuis des années et des années, qui sent le premier mai, qui doit agir sur le cerveau de mes enfants pour que les effluves de muguet évoquent pour eux leur maman et rien que leur maman pour toujours et jusqu'à longtemps après ma mort (comme quoi le sujet revêt une importance certaine), n'est plus vendu nulle part et j'en suis désespérée.

D'un autre côté je sais pas si c'est bien de faire comme ma mère avec son putain d'Air du Temps.

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vendredi 21 mars 2008

Le cru et le cuit #4

Le cru

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Quand j'ai faim et que mon ventre gagouille, je me rassure en me disant qu'un ventre qui gargouille est un ventre heureux de s'exprimer enfin.

Le cuit

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Quand mon fils tousse dans la pièce d'à côté pendant plusieurs heures (vous lisez bien: plusieurs heures), alors que j'envisage de dormir; à chaque quinte je grogne; à chaque quinte je roule mon visage dans l'oreiller en étouffant mes cris de rage; à chaque quinte je vois la perspective d'un sommeil salutaire s'éloigner, étant entendu que je suis fatiguée du fait de la même toux du même fils ce matin-même à partir de quatre heures quarante deux.

Les gens qui s'énervent parce qu'on écrit une connerie sur le faire-part de mariage d'une vosgienne débile, alors que c'était juste pour rigoler.

Les gens qui vous contactent par le biais du site Copains d'avant (pourtant le mot "avant" me paraît tout de même assez explicite) et qui font comme si dix ans ne s'étaient pas passé, et qui vous proposent d'aller boire un coup ce soir, vu que le vert vous va très bien, et qui s'énervent parce que vous ne répondez pas.
En plus mon manteau il est gris, alors rien à voir.

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mardi 4 mars 2008

Aventures d'un gourmand vagabond

A l'échelle du temps géologique, tous les humains actuellement présents sur Terre seront morts dans quelques millisecondes. Quel tribut! C'est seulement par un usage diligent du sexe et, vous l'avez deviné, de la nourriture que nous survivons à cette hécatombe foudroyante, propulsant nos infimes "Je suis" à travers l'obscurité muette de vingt milliards d'années d'histoire cosmique. A chaque coup d'oeil lancé vers des formes rebondies, à chaque bouchée savoureuse, vous dites à une pierre d'aller se faire voir, vous affirmez à une montagne que vous êtes bien vivant, à une étoile que vous existez toujours.


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Extrait d'un délicieux et poétique recueil d'articles associant toutes mes passions: la nourriture, la lecture, la politique, l'observation des oiseaux, (entre autres): Aventures d'un gourmand vagabond, du grand Jim Harrison.

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samedi 1 mars 2008

Joyeux anniversaire

Les plus grands sont nés un premier mars: Etienne Mougeotte, Jean-Edern Hallier, Claude Gensac, Mark-Paul Gosselaar et Pierre Bénichou.

D'autres personnalités plus mineures mais que je salue ont également eu cette chance: Glenn Miller, Yitzhac Rabin, Anna Magnani, Oskar Kokoshka, Frédéric Chopin.

Je fête avec toute la hauteur que me confère mon nouvel âge ce jour béni, en n'oubliant pas que le plus beau cow-boy gay du cinéma américain est mort à mon nouvel âge (28 ans, très chers), un peu de sollicitude en ce jour de liesse ne nous fera pas de mal.

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-Tiens c'est Mark-Paul Gosselaar qui arrive!
-Mais enfin c'est qui, Mark-Paul Gosselaar?

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-Ah ça y est je me souviens!
C'est un de ces types né un premier mars!

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mardi 26 février 2008

Le cru et le cuit #3

Le cru

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J'ai été malade, et sans vouloir donner trop de détails pénibles, j'ai perdu un bon kilo.
J'ai aussi fait exprès de pas dire au revoir à quelqu'un qui m'énerve mais chez qui j'étais. J'ai gloussé de satisfaction durant tout le chemin du retour.


Le cuit


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L'autre matin, en procédant à quelques génuflexions pour détendre un jean que je comptais porter mais qui sortait tout juste du sèche-linge, la couture d'entre-jambes a complètement craqué et je me suis donc retrouvée accroupie, jambes dans le jean mais culotte à l'air et fesses au vent.
J'étais toute seule mais j'ai quand même eu vachement honte. Je tiens cependant à préciser que c'était un taille 34.

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vendredi 15 février 2008

Plexus

100_4704Retournant dans mon esprit ma conversation avec Sadie, songeant à la sombre tristesse qui régnait chez eux, je commençai à me dire que ma mère avait peut-être raison de se méfier des catholiques. Nous ne faisions pas de prières chez nous, pourtant tout tournait rond. Personne dans notre famille ne parlait jamais de Dieu. Pourtant Dieu n'avait jamais puni aucun de nous. J'arrivai à la conclusion que les catholiques étaient superstitieux de nature, exactement comme les sauvages. D'ignorants idolâtres. Gens circonspects, timides, qui n'avaient pas le cran de penser par eux-mêmes. Je décidai de ne plus jamais aller à la messe. Quelle prison que leur Eglise! Soudain -éclair fortuit- il me vint à l'esprit qu'elle ne serait peut-être pas si pauvre, la famille de Sadie, si on n'y pensait pas tant à Dieu. Tout allait à l'Eglise, c'est-à-dire aux prêtres, qui étaient toujours à quémander de l'argent. Je n'avais jamais aimé la vue d'un prêtre. Trop onctueux et patelins pour mon goût. Non, le diable les emporte! Et au diable leurs cierges, leurs rosaires, leurs crucifix- et leur Vierge Marie!




Extrait sans nichon, certes, mais d'actualité (nous sommes tous le sauvage de quelqu'un, à méditer), de Plexus, deuxième partie de La crucifixion en rose, l'autobiographie merveilleuse d'Henry Miller (1952).

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jeudi 14 février 2008

Le cru et le cuit #2

Le cru

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Les vacances. Etre dans un fauteuil avec le soleil qui réchauffe à travers la vitre. Les émissions d'histoire, de philosphie, et de politique de France Culture.

Le cuit


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Les siestes avortées juste quand on commence à se laisser vraiment aller.
Les gens qui disent "je vais faire pipi et je reviens", qui ont une sonnerie de portable en croassement de grenouille, et ceux qui trient les raisins secs dans le taboulé. D'ailleurs, ce sont les mêmes, en général.
Ses parents.

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lundi 4 février 2008

De mal en pis

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Extrait de la bande-dessinée De mal en pis, d'Alex Robinson, 2001, qui a nourri un débat houleux au sein de mon couple (seul point d'accord: cette bédé est globalement naze).



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mercredi 30 janvier 2008

Jehanne la Pucelle #5 L'arrivée à Chinon

Arrivée au château de Chinon, attendue et fêtée plus que de raison, somme toute, pour une paysanne n'ayant encore strictement rien prouvé en quoi qu'est-ce, Jehanne, au moment où je vous parle, prenait ses aises dans une chambrette fruste histoire de se parer un minimum pour sa rencontre avec le petit roi de Bourges.

Fébrile, toute pleine de chicaneries lui embrouillant les sens, mais parfaitement consciente des convaincants talents de sa gorge, qu'elle avait pleine, ample, et garnie, donc, elle s'élança vers vingt heures dans un labyrinthe de larges couloirs humides, mal éclairés par quelques torches cacochymes dispersées au petit bonheur, se guidant de fait à l'aveugle grâce aux relents sonores de la vaste salle des fêtes.

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A son entrée, sans que les habiles joueurs de psaltérion ne s’arrêtent, on entendit tout à la fois un long murmure aigri (dès qu'un groupe de dames se sent menacé par la présence lumineuse d'une jeunesse, que voulez-vous...), et quelques sifflements égrillards (dès qu'un groupe de messieurs se sent échauffé par la présence lumineuse d'une jeunesse, que voulez-vous...).

Rapidement, fendant cette foule de seigneurs avinés, Simon Charles, le fameux président de la Chambre des Comptes, un grand type efflanqué à la chevelure brouillonne, remarquable josteur, spécialiste des tournures absconses destinées à semer le trouble, s’approcha de Jehanne, lui lança un clin d’œil malicieux en lui attrapant le bras, et, tandis qu’elle-même décidait de garder une froideur calculée, la conduisit directement au buffet.



A suivre...

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