vendredi 12 juin 2009
Les Onze
Le corsage de Suzanne s'emplit et la petite reine frileuse s'en apeura presque autant que sa mère; elles ne pensaient qu'à cette peur l'une et l'autre, mais pour s'en distraire elles s'occupaient à autre chose, aux passe-temps bénins concédés aux femmes de cette époque, tapisserie et poésie; et à ce qu'on dit elles ne sortaient guère, quelle que fût leur relative fortune à toutes les deux, c'est-à-dire celle du huguenot apostat, non pas qu'elles fussent avares ni d'aucune façon thésauriseuses, mais de l'or elles ne savaient que faire, avaient seulement placé tout cela en vignes et en bateaux à la mort du vieux et laissaient gérer, naviguer, fleurir, ayant entre elles un tout autre trésor, de don, d'amour partagé et heureux, mais étouffant comme le sont toujours les trésors, appelant de tout leur éclat la perte. Suzanne ne sortait guère, car elle était de porcelaine, sinon avec sa mère les beaux matins le long des levées, ou dans de pauvres sociétés orléanaises un peu ternes, un peu dévotes, un peu littéraires, avec des abbés sans panache et de doux anacréons de la province, mais avec aussi des amies rieuses comme elles le sont en tout lieu, laissant apparaître vraiment le lys et les roses avec des éclats de rire, partout au monde du moment qu'il y a deux jeunes filles ensemble.
Car je suis sûr qu'en dépit de ce que j'ai dit, la vie étriquée, les ternes sociétés, les abbés cacochymes à tabatière de buis, l'apeurement né de celui de sa mère et s'y conformant comme un jumeau à son jumeau,
, en dépit de cela je suis sûr qu'elle ne s'ennuyait aucunement, qu'elle était bonne et gaie, bonne parce que gaie, qu'elle aimait le petit perron, la petite fortune, la vie petite et pleine, et l'espoir pesant comme un ciel au printemps; car elle était une reine: c'est-à-dire quelqu'un à qui depuis sa naissance l'amour exclusif n'a jamais failli, et quand on a eu cela tout peut arriver, le ciel et l'espoir peuvent s'écrouler, on peut se perdre dans mille forêts, voir mille fois son coeur sorti de sa poitrine et foulé, la joie est toujours là, dessous, au moindre appel elle va bondir, elle reste là et attend, invincible, éclipsée seulement parfois, mais vivante, éternelle comme on disait quand ce mot avait un sens.
Cela, donc, pour ce qui dans le lys et les roses était du ressort de Bernardin de Saint-Pierre et Rousseau; pour le reste, ce qui appartenait à Sade, c'est-à-dire une sorte d'espoir aussi, de joie plus gonflée qu'un ciel, il y avait l'ombre du vieillard dont la mère ne parlait pas, mais sa poigne indubitable sous l'apparence d'un canal navigable, le sillon du désir satisfait entaillé dans la terre d'Orléans à Montargis.
Extrait de seins poussant se conformant aux us de son âge et de la société, de deux seins non pas onze, mais dans Les Onze, récit fictionnel, historique à la langue étonnante de Pierre Michon, (2009).
vendredi 15 février 2008
Plexus
Retournant dans mon esprit ma conversation avec Sadie, songeant à la sombre tristesse qui régnait chez eux, je commençai à me dire que ma mère avait peut-être raison de se méfier des catholiques. Nous ne faisions pas de prières chez nous, pourtant tout tournait rond. Personne dans notre famille ne parlait jamais de Dieu. Pourtant Dieu n'avait jamais puni aucun de nous. J'arrivai à la conclusion que les catholiques étaient superstitieux de nature, exactement comme les sauvages. D'ignorants idolâtres. Gens circonspects, timides, qui n'avaient pas le cran de penser par eux-mêmes. Je décidai de ne plus jamais aller à la messe. Quelle prison que leur Eglise! Soudain -éclair fortuit- il me vint à l'esprit qu'elle ne serait peut-être pas si pauvre, la famille de Sadie, si on n'y pensait pas tant à Dieu. Tout allait à l'Eglise, c'est-à-dire aux prêtres, qui étaient toujours à quémander de l'argent. Je n'avais jamais aimé la vue d'un prêtre. Trop onctueux et patelins pour mon goût. Non, le diable les emporte! Et au diable leurs cierges, leurs rosaires, leurs crucifix- et leur Vierge Marie!
Extrait sans nichon, certes, mais d'actualité (nous sommes tous le sauvage de quelqu'un, à méditer), de Plexus, deuxième partie de La crucifixion en rose, l'autobiographie merveilleuse d'Henry Miller (1952).
vendredi 9 mars 2007
De la Révolution et des Nichons #1
Il est affreux, il est contraire aux lois de la nature qu'une femme veuille se faire homme. Depuis quand est-il permis aux femmes d'abjurer leur sexe et de se faire homme? Depuis quand est-il d'usage de voir la femme abandonner les soins pieux de son ménage, le berceau de ses enfants, pour venir sur la place publique dans la tribune aux harangues? La nature nous a-t-elle donné des mamelles pour allaiter nos enfants? La nature a dit à la femme : "Sois femme."
Pierre Gaspard Chaumette, dit Anaxagoras, étudiant en médecine, membre du club des Cordeliers, porte-parole des populations les plus pauvres et voix de la rue parisienne, un des premiers à proposer la mort du roi, membre de la Commune révolutionnaire, homosexuel, "fouine à museau pointu, propre à tremper dans le sang" d'après Michelet, guillotiné le 13 avril 1794, sur ordre de Robespierre.
dimanche 14 janvier 2007
Célibat
C'est bien d'avoir une femme; même si elle ne fait rien, elle peut au moins te couvrir de ses gros seins.
proverbe mossi, Burkina Faso
vendredi 20 octobre 2006
Faire petite chapelle avec son mou de veau
Se dit d'une dame qui montre via l'échancrure de son corsage ses seins tombants et flétris.
lundi 18 septembre 2006
Show time
Les femmes devraient avoir les seins dans le dos, ce serait plus agréable pour danser.
Jean-Claude Brialy
vendredi 14 juillet 2006
Jazz Hot
dimanche 28 mai 2006
Douce maman douce
Les femmes finissent toujours par devenir comme leur mère.
C'est leur drame.
Jamais les hommes.
C'est le leur.
Oscar Wilde
lundi 24 avril 2006
Le Pentateuque ou les cinq livres d'Isaac
Tu ne connais peut-être pas la blague de Angel Wagenstein qui dit "...songeant à tout ce qui advint aux juifs à travers les âges et en y ajoutant ma modeste contribution, toutes taxes incluses, je dirais... que je Te remercie, Seigneur, pour ce grand honneur, mais n'aurais-Tu pu choisir un autre peuple?".
mercredi 19 avril 2006
Père aimant
Pourquoi l'idée que mes enfants souffrent m'est-elle si complètement insupportable, alors que je dors, dîne et baise en paix quand ceux des autres s'écrasent en autocar, se cloquent au napalm, ou crèvent de faim sur le sein flapi d'une négresse efflanquée?
extrait des "Chroniques de la haine ordinaire", Pierre Desproges



