mardi 1 août 2006
La saga de l'été #12 partir dans la tendresse, ou un dernier câlin et au lit
On peut ne plus donner de nouvelles, faire semblant de vouloir se jeter par la fenêtre du quatrième, ou se cracher au visage en brisant les vases en verre de Murano et hurlant des insanités en créole.
C’est grand train.
Ou bien se câliner avec modestie, ronronnant contre son corps encore familier, pour évoquer dans la chaleur molletonnée de ses bras velus les doux moments qui appartiennent au passé, et partager le mobilier Ikea, et se promettre de rester copains.
C’est petit train.
Sans vouloir juger qui que ce soit, les méthodes petit train, c’est bon pour les bêtes poilues qui se nourrissent de Whiskas chaton, de moucherons, ne se lavent jamais les dents et font leurs besoins dans des caisses en plastique pleines de gravier parfumé au chèvrefeuille.
Et puis, ventrepute ! Qu’elles apprennent à rester à leur place, ces diables de chattes lesbiennes qui nous lacèrent les pieds la nuit et se délectent de mes chignons comme d’une boule de laine alpaga!
On n’en a plus rien à foutre de leur vie amoureuse !
Abandonnons donc ces deux connasses sur les sentiers venteux d’une lande aride, face à la mer, avec pour seul destin une chute merdique dans les roches acérées de la pointe du Van.
Adieu les filles, que votre romantique trépas vous mène vers un monde plus doux et nous libère enfin du joug infâme de votre dictature odoriférante et sexuellement déviante...
J’ai dit : adieu.
lundi 31 juillet 2006
La saga de l'été #11 prête à tout
Est arrivé le jour de l’intense sentiment de décrépitude, de gâchis, de temps perdu.
Les mouvements vains de l’univers sont les témoins d’une sournoise passivité de la dégradation d’une relation qui pourtant faisait frémir le moindre de leurs poils, et jamais aucune des deux chattes, si enamourées et insouciantes il y a peu, n’aurait parié sur une fin si absurde.
Ca surprend toujours, mais l’heure inéluctable qui nous rapproche du tombeau, et à tout le moins de la ménopause, a sonné, et une tristesse au goût de mou empoisonne désormais le couple.
Bousculée dans ses certitudes, Cléopâtre décide pourtant de s’acharner, et Isadora de se laisser faire: c’est une simple question de délicatesse.
dimanche 30 juillet 2006
La saga de l'été #10 l'intimité partagée
Une relation qui mûrit, c’est tout un monde partagé à deux. Connaître par cœur ce qui déclenchera l’hystérie sexuelle chez l’autre ; ne plus cacher que l’on fait pipi sous la douche et que c’est rigolo car ça réchauffe quand ça coule le long des jambes; partager sa cuiller de Nutella, le soir, devant la télé ; ne plus courir en douce à la salle de bain, le matin, pour se laver les crocs ou se maquiller avant de faire semblant de se réveiller ; arriver en retard de deux heures sans prévenir.
Pour certains, c’est le Wallalah, un monde merveilleux béni des Dieux, le début de tout, une joie sereine et un équilibre enfin trouvé.
Pour d’autres, c’est l’hallali, la descente dans l’enfer du quotidien, l’ennui et le désespoir d’un laisser-aller qui sent le moisi et les croquettes.
samedi 29 juillet 2006
La saga de l'été #9 french kissing
Quand elles s’embrassent c’est beau, simple et d’une conne évidence, comme une chanson de Jean-Louis Murat.
- C’est pas grave si tu piques un peu, dit l’une, j’aime bien, on dirait un homme.
- Mais toi tu es si douce, oh comme je t’aime, répond l’autre.
- N’importe quoi, je suis une grosse vache.
vendredi 28 juillet 2006
La saga de l'été #8 féline experte
Eclatante de compétence, l’exaltation des sens n’a pas de secret pour Cléopâtre, initiée aux joies de la luxure par un fermier solognote, un coquin cultivateur de pommes portant beau, même à soixante ans passés, et surnommé Gérard-membre-d'or.
Isadora ne se lasse pas de savourer ces instants précieux dans la vie d’une femme, quand elle sait que le temps a passé et qu’elle ne peut plus risquer de perdre sa chance.
Son droit au bonheur, elle le savoure avec le fougueux enthousiasme de sa belle maturité, et quand les lèvres satinées de son amour l’approchent, ça sent l’herbe coupée, le melon d’eau, et la guitare manouche.
jeudi 27 juillet 2006
La saga de l'été #7 Post coïtum, animal triste
Au fil des jours, elles apprennent à se livrer un peu plus, et aujourd’hui, après une chatoyante apothéose, la tension retombe naturellement, laissant place à une douceâtre mélancolie.
Quelques touches sublimes de tendresse bien féminine.
Un verre d’eau fraîche et goutteleuse sur cette ivresse de sentiments.
Une clope.
Un morceau de chocolat et une pêche jaune.
Laissons-les s’alanguir sur la toile de Fez, se murmurant des mots câlins, se chatouillant les orteils d’un air mutin, mais le regard vague, et le sourire triste.
mardi 25 juillet 2006
La saga de l'été #6 l'amour vache
Comme au sortir d’un bain revigorant dans l’eau claire d’une rivière, les sens en alerte et les muscles raffermis, éblouissantes d’énergie non contrôlée, les chattes se cherchent et se trouvent, dans l’alliance organique de leurs corps en ébullition.
lundi 24 juillet 2006
La saga de l'été #5 les héritières de Sapho
Loin de passer leurs après-midi à méditer quelques mantras ou à pérorer sur la carrière de Desmond Tutu, elles jouissent régulièrement de leur amour sur un mode ludique et déculpabilisé.
dimanche 23 juillet 2006
La saga de l'été #4 l'intensité de la passion
Parce que c’était elles, et l’instinct les guidait.
Parce qu’elles ne souhaitaient que se rendre heureuses, à coups de langue mielleuse, et oublier toute cette crotte, ne serait-ce que l’espace d’un fragile instant.
samedi 22 juillet 2006
La saga de l'été #3 l'italienne à Alger
Au son moelleux du bel canto d’un Rossini de génie, Isadora la turinoise hautaine, au rire exquis et décalé, se love avec délices dans les bras experts de sa mauresque aux cheveux de jais, et l’atmosphère de stupre palpable ne les enivre que davantage, enlacées semble-t-il, pour les siècles des siècles.


