Affreuse, sale et méchante!

Une culture incandescente, une adresse étourdissante, les pensées éhontées d'une jeune femme affreuse sale et méchante qui ne pense qu'à dire du mal de vous.

vendredi 18 janvier 2008

Jogging #2

En janvier, les espaces de circulation des joggeurs de ma ville (de petits chemins tortueux, à la végétation peu entretenue, où l'on croise des pêcheurs qui se touchent le zizi cachés dans des buissons, enfin pas toujours, mais ça arrive, quand même), en janvier, donc, ces chemins sont envahis par des êtres étranges, lents et très lookés: les bonnes résolutions.
Il s'agit de bons vivants contaminés par la culpabilité de porter cellulite; ils apparaissent chaque premier week-end de janvier.

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Notez le courage de ces personnes brinquebalant maladroitement bourrelets et nichons*(on ne sait d'ailleurs pas qui est quoi), de droite à gauche, de bas en haut.
Ils vont bientôt abandonner leurs saines velléités, mais reviendront en force au mois de mai (pour maigrir avant l'été).

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Remarquez, c'est sympa, je dépasse plein de monde, comme ça, j'ai l'impression d'être une gazelle bourrée d'amphètes.


*je précise que cette remarque concerne
autant les femmes que les hommes, malheureusement

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mardi 11 décembre 2007

Jogging #1

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Quand je vais faire mon jogging, je croise plein d'autres gens qui font aussi leur jogging.
Eh bien j'ai remarqué que je suis la seule, parmi nous, à se moucher avec un mouchoir...

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mardi 27 novembre 2007

La route de Los Angeles

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Le lendemain, je suis arrivé de bonne heure: à neuf heures pile. Catherine d'Aragon, une femme merveilleuse, la Reine d'Angleterre, la compagne de lit d'Henry VIII-cela, je le savais déjà. Sans nul doute, Miss Hopkins avait découvert dans ce livre la vie intime de Catherine et d'Henry. Ces passages traitant de l'amour- ont-ils ravi Miss Hopkins? Son dos a-t-il frissonné? A-t-elle respiré plus fort, sa poitrine s'est-elle gonflée, une mystérieuse démangeaison a-t-elle agacé ses doigts? Bien sûr que oui, et qui sait? Elle a peut-être même hurlé de joie et senti un étrange bouleversement au tréfonds de son être, l'appel de la féminité. Oui, aucun doute là-dessus. Quelle merveille, quelle beauté à méditer longuement. J'ai donc tendu le bras vers le livre, puis je l'ai pris à deux mains. Voilà! Dire qu'hier seulement elle l'avait tenu entre ses doigts chauds, et qu'aujourd'hui il était mien. Merveilleux. Un acte du destin. Un miracle de succession. Quand nous serons mariés, j'en parlerai à Miss Hopkins. Nous serons allongés nus au lit, j'embrasserai ses lèvres, j'aurai un léger rire de triomphe et je lui dirai que j'ai vraiment commencé de l'aimer le jour où je l'ai vue lire certain livre. Et je rirai encore, mes dents blanches scintilleront, mes yeux noirs romantiques jetteront des éclairs, et je lui avouerai enfin la vérité de mon éternel et brûlant amour. Alors elle se serrera contre moi, ses beaux seins plantureux et blancs toucheront mon buste, et les larmes ruisselleront sur son visage tandis que je l'emporterai sur d'interminables vagues d'extase.
Quelle journée!



Extrait du premier opus secret de ce cinglé d'Arthuro Bandini, La Route de Los Angeles, de John Fante (prononcez "fane'té"), 1933. Quel homme!

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mardi 16 octobre 2007

Le jour avant le lendemain

100_1591   Oui, elle était vraiment une vieille femme gâtée. Elle avait eu des enfants et une longue vie sans maladie. Parfois elle avait éprouvé de la fatigue, bien sûr, mais jamais elle n'avait été possédée par le mal. Une seule fois, elle avait senti que son âme était en train de quitter son corps. Cela était arrivé quand elle avait donné naissance à son second enfant. Un petit être malingre qui refusait de téter l'abondance de ses seins. Comme l'enfant n'arrivait pas à les vider, elle avait ressenti de la fièvre et une grande faiblesse et avait dû rester sur la couche, incapable de travailler.
   Alors Attungak était allé chercher le cousin de son beau-frère, Komak. Un vieil homme édenté qui vivait des faveurs de sa famille. Komak était un grand gourmand, incapable de résister à la délicieuse graisse des lampes, et c'est lui qui vida ses seins après chaque tétée. Lorsqu'il l'eut ainsi vidée de son lait pendant quelques jours, la fièvre et la fatigue la quittèrent et, par reconnaissance, elle laissa le vieil homme continuer à téter. Il continua pendant les deux années que vécut l'enfant, jusqu'à ce qu'elle sente qu'elle n'avait plus rien à donner.

Extrait du court roman, ce qui n'en fait pas un petit, Le jour avant le lendemain, de Jorn Riel, 1975.

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mardi 9 octobre 2007

Heureux les innocents

Aujourd'hui, nous fêtons l'anniversaire de quelqu'un qui m'est très cher.
Je ne la connais pas depuis très longtemps, mais c'est comme si elle avait toujours été là. Même si vous la voyez pour la première fois, elle vous offre les sourires des plus magnifiques, des plus sublimes et sincères, bien que la pauvre ne soit pourvue que de cinq dents.
Son nez fronce un peu quand elle sourit, et ses yeux verts rient aussi. Elle est drôle, malicieuse, belle, socialiste, sa peau est douce, ses cheveux sont fins et blonds. Elle sent bon. Elle sent le lait, le miel et la pêche blanche.
Elle adore les chats, les livres, la mer, le chocolat; elle sait éparpiller comme personne les images et les feutres; de mémoire, on n'a jamais vu quelqu'un se mettre debout de manière aussi gracieuse.
Elle a tous les talents, elle a tous les dons, de la vivacité d'esprit au sens du rythme.
Depuis la première minute, ce qui frappe toutes les personnes qui la rencontrent, c'est son bonheur de vivre affiché sur son visage, son calme serein, sa joie ineffable.

Heureux anniversaire ma joyeuse!

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(oui, bon, la tenue spiderman, c'était pour aider son frère à l'encaisser)

Une pensée tout de même à toute l'équipe de demeurés de la maternité, qui a bien raté ma péridurale, qui s'est bien foutu de ma gueule, mais que j'ai bien envoyé bouler aussi, les sacrés connards et les putes à cul.

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lundi 8 octobre 2007

Une histoire d'amour et de ténèbres

   Depuis lors, je me sens bien en compagnie des femmes. Comme grand-père Alexandre. Et même si, au cours des années, j'ai appris deux ou trois choses et me suis mordu les doigts, je crois toujours -comme ce soir-là, dans la chambre d'Orna- que les femmes détiennent les clés du plaisir. Je trouve l'expression "accorder ses faveurs" plus juste et pertinente que n'importe quelle autre. Les faveurs des femmes suscitent en moi, outre le désir et l'émerveillement, une gratitude enfantine et l'envie de m'incliner: je ne suis pas digne de ces merveilles, je serais reconnaissant pour une seule goutte de rosée, alors que dire de tout l'océan... Et je me sens comme un mendiant à la porte: la femme est tellement plus grande que moi, car c'est elle qui décide de donner ou non.

   Et j'éprouve peut-être aussi une certaine jalousie pour la sexualité féminine, tellement plus riche, délicate et subtile, comme le violon comparé au tambour. Et il y a sans doute là un lointain écho des premiers jours de ma vie: un sein contre un couteau. Dès ma venue au monde, une femme m'attendait, à qui j'avais causé de grandes souffrances et qui, en retour, m'avait offert son amour et donné le sein. Le genre masculin, en revanche, me guettait à l'entrée, le couteau du circonciseur à la main.

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Extrait plein d'amour de la grande oeuvre d'Amos Oz, Une histoire d'amour et de ténébres, 2002.

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lundi 1 octobre 2007

Jehanne la Pucelle #4 le début d'une épopée

Nous en étions restés à la première discussion qu'entretint Jehanne avec le curé du coin.
Je dois vous dire qu’il ne fut pas bien difficile à convaincre de la véracité des propos de l’ange, parce qu’à cette époque, on était, et de loin, beaucoup plus ouvert aux expériences spirituelles qu’aujourd’hui. Franchement, de nos jours,  il suffit que tu parles de feng-shui, de végétarisme, d’homéopathie ou même de chamanisme, on te regarde comme une bête curieuse un peu demeurée et cucul-la-praline. Les gens sont d’une intolérance! Enfin bref.

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L’étape suivante consista à mener Jehanne à Vaucouleurs, afin qu’elle y rencontre le Seigneur Robert de Beaudricourt. Là, très étrangement (mais ce mystère sera élucidé plus tard, un peu de patience), Sire Robert fit un accueil des plus promptement chaleureux à notre jeune Elue, l’écouta longuement, et accéda à toutes ses demandes vestimentaires autant qu’alimentaires. En effet, en plus d’exiger une armure (mais point d’armes encore), des chausses de laine finement filées, une culotte de peau, des bandes de lin pour faire office de sous-vêtements, Jehanne ne manqua pas, après s’être fait couper les cheveux d’une façon un peu olé-olé, d’exiger à sa table les mets les plus fins, car elle faisait toute une histoire de manger: pâté d’alouette aux échalottes, joues farcies, queue de porc aux marrons, saucisses de foie, pieds en gelée et compote de coing (en cette saison! imaginez!).

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Habillée, coiffée, nourrie grassement : enfin elle était prête pour partir à Chinon, retrouver le jeune dauphin, Charles, ce piètre commandant.
Ce voyage fut laborieux, parce que mettez-vous bien ça en tête : la Lorraine en hiver, déjà c’est coton, mais en 1429, je vous raconte pas le cauchemar. Enfin plutôt si, je vous raconte.
Imaginez-vous, le mois de février sur les routes vosgiennes (peut-être vous connaissez, si vous aimez le ski de fond): les pluies glacées, le froid perçant, la terre boueuse des chemins mal entretenus (on n’a jamais pu faire confiance aux serfs, les petites gens, c’est bien connu, n’ont aucune vraie conscience collective), la boue, les auberges mal famées, les rixes à tous les coins de rues, et pis que pendre: les corbeaux gros comme des cockers qui vous arrachent les yeux sans crier gare!


De fait, il fallut presque un mois à Jehanne (qui savait chevaucher, tiens, tiens... second mystère!)et sa petite troupe pour arriver à Chinon, cité des bois-sans-soif et de la piquette industrieuse.

A suivre...

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dimanche 30 septembre 2007

American Born Chinese, Histoire d'un Chinois d'Amérique

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lundi 24 septembre 2007

Jehanne la Pucelle #3 Un ange a parlé

Le jour de son seizième anniversaire, le 6 janvier 1429, après s'être gavée une fois de plus de galette des rois (la perpétuelle croix des natifs du 6 janvier), Jehanne s'en alla faire une petite promenade digestive dans les prés avoisinnants. Tout à côté de l'étang saumâtre où il lui était déjà arrivé d'entendre des voix mystérieuses, à nouveau Jehanne fut interpelée de la sorte: "Jehanne! dodue! au lieu de baffrer, va t'en donc trouver le roi de France et demande lui une armée pour libérer Orléans!".
Oui, parce que je vous avais pas dit (voilà pourquoi l'histoire nécessite de la MÉTHODE), mais depuis un moment (cent ans? déjà?!), les Anglois semaient terreur et désolation dans le beau pays françois. Les écorcheurs et les pillards envahissaient les campagnes, les brigands rançonnaient les villes, et le roi, faible et geignard, lâche et indifférent, préférait oublier la défaite en buvant, ripaillant, et dansant jusqu'à pas d'heure.

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Bien décidée, puisque les anges avaient parlé, à remédier à tous les maux du pays de France, Jehanne s'en revint à sa bicoque et annonça à ses parents: "Parents bien aimés, j'ai bien prié, et je sais à présent que mon devoir est d'aider notre bon Charles de France, et je vais partir, grâce à Dieu, me battre contre les Anglais, et les tuer tous, jusqu'au dernier, dussé-je leur arracher le coeur avec une petite cuiller!". Ce à quoi son père répondit: "Avec une petite cuiller?! Mais ma pauvre fille, tu me désoles, reprends donc ta quenouille et file le lin, et tu seras bien heureuse encore que je te donne du pain!".

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Comme quoi, c'était pas gagné. Mais enfin, quel parent ne rêve pas d'une ambition glorieuse animant l'esprit de son enfant? C'est ainsi qu'après une discussion que je qualifierais quand même d'un peu âpre, c'est une Jehanne perclue de bleus, de brûlures de cigarette et autres plaies superficielles qui eut l'autorisation de discuter de sa carrière avec le curé de leur paroisse, puis avec Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, dirigeant une enclave d'irréductibles françois.


A suivre...

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vendredi 21 septembre 2007

La forêt des renards pendus

cristina1   A l'origine, la famille de Cristine était allemande. Dans le Berlin de l'époque de Hindenburg, on logeait souvent des familles nombreuses pauvres dans les maisons de pierre neuves, car elles étaient encore humides après le passage des plâtriers et donc malsaines pour la bonne bourgeoisie. La famille de Cristine avait essuyé les plâtres de dizaines de logements, six mois ou un an dans chaque, fournissant sa chaleur humaine à de riches Allemands. Les miséreux y gagnaient en général, en plus d'un logement gratuit, la tuberculose, la coqueluche et des rhumatismes. Les parents de Cristine avaient sauvé leur peau en émigrant au Danemark. Les choses ne s'améliorèrent guère là-bas, la goutte les tourmentait sans pitié. La maisonnée était pauvre, et dès que les seins et les fesses de Cristine avaient atteint le volume voulu, elle était partie pour Copenhague comme serveuse dans une brasserie. Des hommes à la barbe mousseuse de bière lui avaient suggéré un moyen facile et agréable de gagner de l'argent. La pauvre et jolie Cristine s'était sans tarder laissé tenter par cette possibilité. Par pudeur, elle était partie pour Stockholm, où elle pouvait exercer son nouveau métier sans avoir à craindre que sa famille n'aprenne la chose. Cristine tenait à protéger ses chers vieux parents goutteux. Elle leur envoyait au Danemark mille marks par mois de pension alimentaire.

   Pour conclure, Cristina versa quelques larmes. Cette histoire la rendait toujours terriblement triste, même si elle n'avait rien de véridique. Mais les hommes voulaient toujours connaître son passé, et cette version était sa préférée.

Extrait de mon roman préféré d'Arto Paasilinna, La forêt des renards pendus, 1983.

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